Les Filles de la Charité de la Paroisse Saint-Jean-Baptiste de Belleville – 73 rue de la Mare PARIS 20ème  ( 1842 – 1990)

BELLEVILLE… mot évocateur d’une population pauvre, bruyante, prompte à la révolte, impulsive comme généreuse jusqu’au sacrifice. Quartier qui a vu passer les victimes de la Commune et les fusillés au milieu des cris et des injures. Une population qui offre un vaste champ d’action pour les Filles de la Charité. 

1842 : Les Sœurs s’installent dans une petite maison de louage rue Delouvain.

1845 : Elles déménagent au 22 rue de la Mare. L’Abbé Eugène MARBEAU, Vicaire, au cours de ses visites dans ce misérable quartier, ému en voyant des petits enfants en bas âge confiés à des soins « mercenaires », parce que les mamans travaillent en dehors du foyer. Il fonde avec le concours des Sœurs à Belleville la deuxième crèche parisienne sous le nom « Crèche Bellevilloise de 1845 ».

 1848 : Pendant la Révolution, pour éviter le pillage et préserver les Sœurs, les bonnes gens de Belleville emportent chez eux tout le matériel qu’ils peuvent loger et qu’ils remettront ensuite intégralement. Afin de pourvoir aux nécessités de ce pauvre quartier, les Sœurs organisent un Fourneau. Peu de temps après, décès de Sœur LABESSE, première Sœur Servante. Les Bellevillois, reconnaissants, se cotisent pour offrir à leur bienfaitrice un caveau au cimetière du Père Lachaise. 

1856 : Le 7 mai, première déclaration d’ouverture d’une école. 

1863 : Les Sœurs sont installées au 73 rue de la Mare dans un ancien Pavillon de Chasse de Louis XIV.

1872 : Début de l’Association des Enfants de Marie avec 12 fillettes.

1879 : Sœur Thérèse MAUCHE est nommée Sœur Servante à Belleville. Les œuvres sont florissantes : crèche, orphelinat – école – école professionnelle – patronages – bureau de bienfaisance et visite des pauvres.

1880 : Laïcisation de l’école, formation d’un Comité pour sauver la situation. Sœur MAUCHE prie Notre Dame des Victoires. Un pèlerin est ému en la voyant devant la statue de la Sainte Vierge. Il ne peut rien pour elle, mais lui remet l’adresse d’un ami influent qui, lui peut agir. En effet, l’école sera maintenue.

1882 : Construction du bâtiment des classes et de la chapelle qui remplace les salles de fortune où s’entassaient les élèves.

1887 : Laïcisation du bureau de bienfaisance. Sœur MAUCHE est nommée à Nice. Mais le peuple bellevillois descend de sa butte, 800 hommes et femmes, vont réclamer à la Maison Mère Sœur MAUCHE ; elle restera à Belleville !  Mais en 1902, nommée Visitatrice à SIENNE, elle quitte Belleville dans le plus grand secret. 

1907 : Fermeture de l’école libre, ouverture d’une Bonne Garde pour jeunes filles (Foyer).

1914 : La communauté compte 12 Sœurs. La guerre éclate, quatre sœurs partent pour les ambulances. Ouverture d’un ouvroir pour les jeunes filles sans travail. Soeur MILCENT ouvre un autre ouvroir pour les femmes, qui prend le nom d’ « Ouvroir Syndical ». Début des « Louise de Marillac » qui visitent et aident les vieillards.

1916 : Ouverture d’une Ecole Ménagère. Les Sœurs organisent un patronage de vacances qui accueille les enfants du matin au soir. Consultations philanthropiques par le Docteur BARBARIN, tout dévoué à la cause des pauvres du quartier. Deux fois par semaine, le Colonel MORIZOT et le baron de la HOUGUE se tiennent à la disposition des familles pour des consultations juridiques.

1918 : Trois Sœurs décèdent la même année, dont Sœur FORGEOT, qui s’est consumée à la visite des pauvres à domicile. Elle laisse un souvenir édifiant.

1922 : Cinquantenaire de l’Association des Enfants de Marie de Belleville

1924 : Décès de Sœur LALOY, Sœur Servante de la Maison depuis de nombreuses années. A ses obsèques, les pauvres qu’elle a tant aimés et secourus, occupent la plus grande partie de l’Eglise, remplie comme aux jours de grandes fêtes. L’ancien Curé de la Paroisse, Monseigneur SABATIER, fait l’éloge de celle qui depuis 50 ans, s’est dévouée corps et âme à Belleville : « si je ne parlais pas, les pierres de cette église se soulèveraient ». 

1928 : Suite à la fermeture de l’Internat, un « Jardin d’enfants » est ouvert pour les petits du quartier dans les locaux. Un Centre de soins est ouvert à l’entrée de la maison, où les « clients » pauvres affluent.

1932 : Reconnaissance officielle du Groupe Sportif « les Etoiles Bleues et Or » rattaché à la Fédération Sportive et Culturelle de France. Ce groupe prend part aux compétitions pendant de nombreuses années. Il connaît le succès en remportant plusieurs fois le drapeau fédéral et des médailles d’argent.

1936 : La misère se fait sentir. Sous l’impulsion de la Baronne de la HOUGUE, les Dames de la Charité organisent une distribution de légumes aux familles ; les Sœurs sont chargées de cette distribution.

1939 : Avec la guerre, un Fourneau est installé pour les femmes dont les maris sont mobilisés. Le Secours National demande aux Sœurs d’organiser un autre fourneau pour les pauvres du quartier : 600 à 800 portions sont distribuées chaque jour. Sœur LEPILLIEZ n’hésite pas à se lever à 2 heures du matin, chaque nuit, pour assurer la cuisson de la nourriture. La guerre continuant ses ravages, toutes les employées partent trouver refuge dans une zone plus sûre. 

Fermeture de la crèche par décision de l’Administration, car la sécurité des bébés n’est plus assurée. Chaque jeudi, plus de 200 enfants sont reçus dans l’ancienne Bonne-Garde. Par un soir glacial les radiateurs éclatent. Les Sœurs reçoivent un don pour reconstruire ce qui deviendra le « Pavillon Sainte Louise ».  

1942 : Réouverture des classes. Une nuit de juillet, un violent orage éclate sur la capitale. Un globe de feu vient éclater devant les lits de deux Sœurs. La foudre descend l’escalier et éclate le compteur électrique au rez-de-chaussée. La Vierge aux rayons a été inaugurée huit jours auparavant dans l’oratoire des Sœurs. Elle a gardé la maison !

1950 : Création de la Consultation des nourrissons et des enfants du 2ème âge dans les anciens locaux de la Crèche. Ouverture du Cours Complémentaire. Reconnaissance du Groupe « Ames Vaillantes ». Extension de la classe enfantine.

1960 : Les œuvres sont florissantes avec l’école, le dispensaire, les catéchismes, les patronages, l’Association des Enfants de Marie, le groupe des Louise de Marillac, les Dames de Charité. Les Sœurs s’efforcent de continuer l’esprit de Saint Vincent dans ce quartier sympathique, en lien avec le Clergé de la Paroisse. C’est avec une grande tristesse que la visite des pauvres à domicile ne peut plus être assurée du fait des Sœurs malades ou qui ont leur changement. 

1961 : Création de l’Association des Parents d’Elèves. Une Assemblée générale annuelle réunit tous les parents et tous les mois une réunion par classe avec les professeurs. Un questionnaire est envoyé aux parents ayant pour thème « l’éducation et l’orientation de leurs enfants ».

1962 : L’effectif des classes enfantines va toujours croissant ce qui exige un dédoublement des sections. Une garderie est instituée le jeudi pour les enfants dont les mamans travaillent au dehors. Les présences à la cantine sont de plus en plus nombreuses. Un réfectoire de 200 places est réalisé l’année suivante en prenant sur une partie du jardin. Une terrasse permet aux enfants de la 3ème section de profiter de l’espace et du bon air du jardin !

1963 : De nombreux étrangers se fixent dans le quartier cherchant une école où leurs enfants pourraient apprendre à parler français. Tous, sans distinction de culte, sont accueillis comme ils le souhaitent. Les réunions des parents de ces enfants sont organisées par un groupe de mamans désireuses de coopérer avec les Sœurs.

1968 : Fermeture de la Consultation des Nourrissons. Essai d’un groupe de « vieillards » réuni chaque semaine pour un goûter ; et invités plusieurs fois par an par les « Louise de Marillac » pour une séance récréative.

1990 : Il ne reste que deux Sœurs dans cette communauté. La fermeture a lieu le 25 août, après 148 ans de présence en ce lieu. 

  

 

Service des Archives de la Province Belgique-France-Suisse des Filles de la Charité
(72ᵉ article historique depuis janvier 2020)