LES FILLES DE LA CHARITE A LIMOGES (Haute Vienne – 87) – 1783… 1837… 1873…

Ville du grand Sud-Ouest de la France, située dans le département de la Haute-Vienne. Limoges est une ville connue pour sa porcelaine et son Abbaye Saint-Martial. On appelle le Limousin, « la terre des saints » : Saint Martial et saint Léonard sont les plus connus.

Dans une Conférence du 25 janvier 1643 sur « l’imitation des filles des champs » Saint Vincent de Paul dit aux Sœurs : « Je vous parlerai mes filles des vraies filles des champs. Elles ont une grande sobriété, la plupart se contentent de pain et de potage. Dans le Limousin… on vit la plupart du temps de pain fait de châtaignes. O mes filles, que la sobriété est nécessaire aux Filles de la Charité ! » Coste IX,84

Les Filles de la Charité arrivent à Limoges pour soulager la pauvreté et éduquer les enfants. Leur venue est liée aux besoins sociaux d’une ville en pleine croissance industrielle (porcelaine, ouvriers, pauvreté urbaine). Comme partout en France, l’école, les soins aux malades et les secours sont leur mission auprès des plus démunis. Voici les débuts historiques de chacune des trois maisons des Sœurs.

La  1ère fondation (1783-1974) est située sur la paroisse Saint Pierre 

Le 19 mars 1714, Monsieur Léonard Rogier, Chanoine de la Cathédrale, lègue 6 000 livres pour l’Etablissement des Filles de la Charité à charge de servir les pauvres malades dans la Paroisse Saint Pierre. Monsieur Navière, Curé à Saint Pierre, et l’Evêque de Limoges obtiennent des terrains domaniaux et les Lettres Patentes du Roi Louis XIV. C’est en 1782 que fut signé le contrat de fondation de l’établissement de trois Filles de la Charité pour la Paroisse Saint-Pierre. A leur arrivée le 19 janvier 1783, les Soeurs Desmoulin, Garnier et Benzi reçoivent un accueil enthousiaste. 

Le 1er article du Traité stipule : « les Sœurs s’obligent à tenir à perpétuité dans la ville de Limoges, trois filles de leur communauté et encore un plus grand nombre si besoin est dans la suite, pour y servir et soulager les pauvres malades suivant leur institut ». D’après le rapport de Monsieur Delille, il est précisé qu’elles s’y appliquent à la satisfaction générale.

Cette implantation située 7 rue des Vénitiens et Boulevard Carnot est très vivante : une Maison de Charité avec une école et le Bureau de Bienfaisance. L’Orphelinat Saint-Pierre, dit des « Têtes blanches » est ouvert rue Porte-Tourny. Il prospère rapidement avec soixante filles vers 1850. 

Puis viennent les épreuves : la tourmente révolutionnaire jette les Sœurs en prison durant 13 mois. Le 19 janvier 1884, la tourmente de la laïcisation veut les chasser des Maisons de Charité qu’elles ont créées. 

Le 23 mai 1884 la Communauté est assignée devant le Tribunal Civil de Limoges par le Bureau de Bienfaisance. L’attente de la décision est éprouvante. Le 2 octobre 1891, elle est favorable au maintien des Sœurs.

Les œuvres de la Paroisse Saint Pierre se poursuivent au fil des ans : en 1783 visites des pauvres et Ecole, en 1832 Orphelinat, en 1847 Enfants de Marie, en 1876 Ecole Peinture et dessin – Ouvroir externe, en 1899 Fourneau Economique, de 1914 à 1940 Hôpital Auxiliaire, en 1929 Dame de la Charité – Syndicats féminins – Bonne Garde, en 1936 Colonie de Vacances, en 1938 le Rayon Sportif, en 1939 les Ames Vaillantes, en 1941Ecole, en 1943 Cantine Scolaire, en 1945 Jardin d’Enfants.

En 1929, les statistiques envoyées à la Maison Mère à Paris font état de leurs activités :

– 1 928 visites aux pauvres et 40 filles à l’orphelinat dont 11 à l’ouvroir

– Patronages : 25 grandes – 22 moyennes – 45 petites  

– Restaurant féminin : de 25 à 30 le midi et de 10 à 12 le soir

– Syndicat : 40 inscrites – avec des cours de français et de mathématiques donnés par les Sœurs

– Fourneau économique : 40 à 45 portions sont fournies chaque jour

– Les Internes fréquentent l’Ecole libre rue des Pénitents Blancs

Par courrier du 31 août 1934 au Maire de Limoges, Sœur Degril, Supérieure, déclare sur l’honneur :

« Dans l’Etablissement au 7 rue des Vénitiens : un Orphelinat

Moyens d’existence : Charité privée

Conditions d’hygiène de l’installation : bains, douches, lavabos – catégorie : enfants (filles)

Enseignement primaire jusqu’à 13 ans – à partir de 13 ans, apprentissage : lingerie, broderie. Ecole Ménagère. Cours Astier ». 

Le Règlement de l’Etablissement mentionne :

« Article I : l’objet est d’élever et d’instruire des enfants (filles) de familles nombreuses, pauvres, légitimes, naturelles, orphelines ou moralement abandonnées, sans religion ou appartenant à la religion catholique » 

« Article VII : les enfants qui ont quelques membres de leur famille peuvent sortir un dimanche par mois, plus un mois de vacances, en général au mois d’août, 8 jours au nouvel an et 8 jours à Pâques. Au mois de septembre, les enfants vont à la campagne dans la Commune de Saint Just-Le-Martel (Haute-Vienne) »

« Article X : toutes les internes vont en promenade chaque dimanche ; les écolières ont une promenade supplémentaire le jeudi ».

En 1974, la Communauté est fermée. L’Ecole de la rue des Vénitiens est transférée impasse des Trois Châtains, puis 20 rue Gustave Nadaud. Elle devient l’Ecole primaire privée catholique Louise de Marillac, sous Tutelle congréganiste des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul, encore aujourd’hui au 6 rue de Saint-Affre.

La 2ème fondation la Maison Saint Joseph (1837-1988)

C’est en 1837 qu’une nouvelle Maison Saint Joseph est établie avec quatre Sœurs : Julie Pissot chargée de la conduite, Hélène Chifflot chargée de la pharmacie, Euphrasie Roux responsable de l’orphelinat et Augustine Vergnèrepour la visite des malades. Elles s’installent route de Paris dans une ancienne filature, comme une filiale de l’Etablissement Saint Pierre. Un orphelinat accueille 26 orphelines mais très vite il dépasse l’orphelinat Saint Pierre. Dès 1839, elles ouvrent aussi deux classes gratuites pour des jeunes filles pauvres.  

En 1846, arrive une Sœur chargée d’une troisième classe et une autre Sœur pour la cuisine.  Le 1er mai 1854, deux nouvelles Sœurs sont chargées de l’Asile de la paroisse. Une chapelle est construite et la bénédiction a lieu le 24 avril 1856 en présence des orphelines de Saint Pierre et de Saint Joseph. L’Orphelinat est transféré par la suite au 13 rue François-Chénieux.  

En 1938, une maison située près de Chaptelat, à 12 km de Limoges, est prêtée. Elle est la Colonie des enfants pour les mois de juillet, aout et septembre, avec un grand parc.

En 1970, la Communauté part habiter à la Z.U.P. (zone urbaine prioritaire) de l’Aurence, rue du Maréchal Juin. La fermeture de cette communauté a lieu en 1988.

3ème fondation au 2 rue des Allois sur la paroisse Saint Etienne (1873-1966)

Enfin, sur la Paroisse Saint-Etienne, une troisième Maison de Charité est érigée en 1873 rue de la Cathédrale, puis au 2 rue des Allois. La fondation est faite par l’Abbé Leclerc, Chanoine Archiprêtre de la Cathédrale et par les Dames de Charité de la Paroisse. « Le 24 avril, les trois Sœurs reçoivent la mission de faire la classe aux enfants pauvres, que leur cède les Sœurs de Nevers. Elles trouvent trois classes avec 105 élèves ».

L’administration du Bureau de Bienfaisance demande que des Sœurs fassent la classe aux enfants pauvres à perpétuité, et que les malades et les indigents reçoivent des secours. Une pharmacie est organisée par cette Administration qui obtient trois sœurs. Elles commencent leur mission le 1er janvier 1874, chargées de distribuer les secours qui consistent en pain, bouillon, vin, viande et vêtements.

Des enfants pauvres sont employés dans les manufactures de porcelaine. Des jeunes filles de la Cathédrale se chargent d’instruire ces pauvres enfants abandonnés.  Une Association se forme pour les garçons et les filles.

En 1875, deux Filles de la Charité arrivent pour l’ouverture d’un orphelinat de garçons « dans un local loué rue des Allois. Trois petits orphelins arrivent le 8 décembre, jour de la Fête de l’Immacule Conception ».

De 1873 à 1929, un cahier manuscrit note les principaux évènements de l’année. Les œuvres de la maison de Saint Etienne continuent à se multiplier dont voici l’écho des 15 premières années.

Durant l’année 1875, 328 malades sont visités et 480 familles secourues. Les Petites Sœurs des Pauvres s’installent à Limoges. Les Filles de la Charité leur procure leur quatre premiers pauvres. En 1879, c’est la fondation de l’œuvre des Crèches avec 30 berceaux pour laquelle une douzième Fille de la Charité est envoyée. En 1880, plusieurs orphelins sont Enfants de Chœur à la Cathédrale ou font partie de la Maîtrise. Ils suivent la classe des Frères jusqu’à l’âge de 13 ans. La Cordonnerie est très lucrative à Limoges, six des plus âgés commencent leur apprentissage pour devenir de bons cordonniers. 

Mais en 1882, la laïcisation entraîne la fermeture de l’Ecole. Les classes se poursuivent dans la maison des Sœurs et chez une famille de la ville qui offre sa propre maison, ainsi que dans la vieille maison des Clarisses. La Supérieure fait une déclaration d’Ecole Libre à l’inspecteur. En 1884, le Bureau de Bienfaisance est enlevé aux Sœurs ainsi que la Pharmacie, ce qui prive les pauvres de secours. Mais elles poursuivent leurs visites aux familles avec les dons libres qu’elles reçoivent. 

En 1886, l’Ecole Enfantine située rue des Pénitents Blancs est également laïcisée. Le local du Patronage leur est cédé et le Comité des Ecoles libres prépare le matériel nécessaire. Ainsi les 160 à 170 enfants continuent de venir. Ce quartier possède les familles les plus pauvres et les plus déshéritées. 

Durant l’hiver 1889, un don important leur permet de distribuer à une centaine de familles du bois et du charbon, ainsi qu’un pécule pour les fournitures scolaires des enfants pauvres de l’école. Un grand jeune de l’Orphelinat ayant terminé ses études, a reçu le Sous-Diaconat au grand Séminaire.

En 1922, les œuvres sont : la Maison d’Enfants (garçons) de 4 à 12 ans qui vont à l’Ecole libre paroissiale ; le Centre de soins, les catéchismes et le groupe des Louise de Marillac.

La Communauté Saint Etienne est la 1ère maison fermée à Limoges en 1966.

Les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul à Limoges font partie d’un réseau national très structuré. Leur rôle a été central dans l’éducation des filles et l’assistance sociale au XIXème siècle. Leur action a profondément marqué le tissu social local, même si leur présence visible a diminué. 

A partir du XXème siècle, leur rôle évolue fortement du fait de la laïcisation de l’enseignement, la professionnalisation du secteur médical et social et de la baisse des vocations.

Les établissements deviennent des écoles privées sous contrat, des hôpitaux publics, des maisons de retraite ou structures sociales. Leur esprit subsiste souvent dans des institutions portant le nom Saint-Vincent-de-Paul. Aujourd’hui, bien que leur présence directe soit beaucoup plus discrète, leur héritage se retrouve dans des institutions éducatives ou sociales issues de leurs fondations, des œuvres caritatives inspirées de leur spiritualité et une continuité dans l’action sociale catholique locale.

Le Service des Archives de la Province Belgique France Suisse