Les Filles de la Charité à EYSINES (1943-1986)

Une œuvre éducative et sociale au cœur d’une commune rurale

Eysines, commune agricole du sud-ouest de la France située dans le département de la Gironde, se trouve à seulement sept kilomètres de Bordeaux. Longtemps marquée par son caractère très rural, elle a vu son économie évoluer au cours du XXe siècle. Si la viticulture a été touchée par les transformations agricoles, la production maraîchère et la culture des légumes se sont fortement développées, faisant d’Eysines un territoire reconnu pour son activité agricole.

C’est dans ce contexte, en pleine Seconde Guerre mondiale, que débute l’histoire des Filles de la Charité à Eysines. À cette époque, la ligne de démarcation traverse le département de la Gironde et la région jusqu’à la fin de l’année 1942, rendant la vie quotidienne particulièrement difficile.

Une implantation en 1943 grâce au don de Madame Marin

En 1943, Madame Marin, propriétaire du domaine de Lamothe Lescure à Eysines, fait don de sa propriété de 24 hectares aux Filles de la Charité. Son intention est claire : permettre l’éducation des enfants pauvres, et plus particulièrement préparer les jeunes filles à leur futur rôle de mères de famille et de maîtresses de maison en milieu rural.

Le 27 septembre 1943, trois Sœurs arrivent à Eysines : Sœur Odette, Sœur Anne-Marie et Sœur Louise. Les débuts sont modestes et difficiles en raison de la guerre. Il faut aménager la maison, la meubler et organiser les premières activités malgré le contexte de pénurie.

Très rapidement, les Sœurs s’engagent activement dans la vie paroissiale : catéchisme, patronages, visites aux pauvres et accueil de groupes venant passer la journée sur la propriété. Dès 1944, la première colonie de vacances y est organisée.

L’après-guerre : développement de la commune et des œuvres

Après la guerre, Eysines connaît une phase importante de développement. En 1946, la commune compte 3 289 habitants.

En 1947, l’École Ménagère Rurale ouvre ses portes. Elle a pour mission de former de jeunes filles de 14 à 18 ans à la gestion du foyer, à la couture, à la cuisine et à la vie domestique en milieu rural. Une Sœur est également affectée à plein temps aux soins à domicile.

En 1951, les étables sont construites, renforçant l’activité agricole du domaine. Puis, en 1955, s’ouvrent les « Garderies Journalières d’Aquitaine », destinées à accueillir de nombreux enfants pendant l’été et les vacances scolaires. Un préau leur sera ajouté en 1957.

Une activité intense et diversifiée

Les activités menées par les Sœurs sont particulièrement nombreuses :

  • l’École Ménagère accueille entre 20 et 25 internes ; 
  • le catéchisme paroissial mobilise une Sœur chaque jeudi et dimanche matin ; 
  • le patronage réunit entre 40 et 50 enfants le jeudi après-midi ; 
  • les cours de couture rassemblent 18 jeunes filles chaque semaine ; 
  • les Garderies Journalières d’Aquitaine accueillent entre 350 et 400 filles par jour durant l’été et les vacances de Pâques ; 
  • des sessions de perfectionnement sont organisées pour les monitrices d’enseignement ménager rural ; 
  • des formations sont proposées aux responsables de mouvements de jeunesse comme les Âmes Vaillantes ou la J.A.C.F. ; 
  • plusieurs patronages des paroisses bordelaises sont accueillis chaque jeudi ; 
  • les groupes Scouts et Guides viennent tous les dimanches. 

Le domaine devient ainsi un véritable centre éducatif, social et spirituel au service de la jeunesse et des familles.

La création de l’Institut Médico-Pédagogique

En 1963, pour répondre à de nouveaux besoins éducatifs et sociaux, l’École Ménagère ferme ses portes et laisse place à un Institut Médico-Pédagogique (IMP), destiné à accueillir des adolescentes de 13 à 18 ans.

Une Sœur y assure l’enseignement le matin et poursuit les soins à domicile l’après-midi. L’établissement reçoit alors 60 internes et 10 externes.

Cette nouvelle orientation marque une étape importante dans l’évolution de la mission des Filles de la Charité à Eysines.

Une présence toujours plus large dans la vie locale

En 1968, une Sœur prend en charge le service de la catéchèse en collaboration avec les prêtres et une quarantaine de mamans catéchistes. Environ 450 enfants sont alors catéchisés.

Des groupes de jeunes filles se réunissent chaque semaine pour des temps de réflexion chrétienne accompagnés par un prêtre et une Sœur. Des camps de vacances ainsi que des week-ends de détente et de réflexion sont également organisés.

En septembre 1970, l’arrivée d’une Sœur infirmière à plein temps permet de relancer fortement les soins à domicile.

Entre 1972 et 1975, la communauté compte six Sœurs aux responsabilités bien définies :

  • une Sœur servante, responsable de la communauté et de l’IMP ; 
  • une Sœur directrice, chargée de l’organisation pédagogique ; 
  • une Sœur économe ; 
  • une Sœur engagée dans la paroisse ; 
  • deux Sœurs infirmières assurant les soins à domicile, la permanence au centre de soins et à l’IMP.

De nouveaux besoins sociaux

En 1973, à la demande d’un médecin, un Hôpital de Jour pour enfants est ouvert à Lamothe Lescure. Les locaux sont aménagés pour répondre à cette nouvelle mission.

En 1974, un économe laïc prend ses fonctions, puis en 1975, un directeur et une assistante sociale rejoignent l’IMP.

La Sœur infirmière intervient également auprès du Club municipal du troisième âge, où elle se rend chaque semaine pour écouter, accompagner et soutenir les personnes âgées. Ce service lui permet de maintenir un lien étroit avec la population locale.

La chapelle, ouverte aux personnes extérieures, devient aussi un lieu de rencontres et d’échanges. Les immigrés vietnamiens ainsi que les familles gitanes sont nombreux à fréquenter le centre de soins.

Une commune en pleine transformation

Entre 1968 et 1977, la population d’Eysines passe de 8 200 à 15 000 habitants. De nombreux lotissements remplacent progressivement les anciennes terres agricoles, donnant naissance à de nouveaux quartiers habités par une population jeune.

Cette évolution transforme profondément la commune et modifie les besoins pastoraux et sociaux auxquels les Sœurs doivent répondre.

Le temps de la réflexion et la fermeture de la communauté

En 1979, les cinq Sœurs encore présentes ont une moyenne d’âge de 57 ans. En 1985, cette moyenne atteint 63 ans. Le manque de vocations ne permet plus d’assurer le remplacement des religieuses vieillissantes.

Une réflexion s’engage alors sur l’avenir de la communauté. Avec la diminution des activités directes dans l’établissement et la prise en charge progressive des soins infirmiers par des laïcs, il devient nécessaire de repenser la présence des Filles de la Charité à Eysines.

Faut-il rester ? Faut-il se reconvertir ? Ces questions sont étudiées avec le Conseil de la Province.

En 1984, la décision est prise : la communauté d’Eysines fermera définitivement le 31 décembre.

Une continuité sous une autre forme

En 1986, l’Association Saint Vincent de Paul Lamothe est créée. Elle prend le relais de la Compagnie des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul au 74, avenue du Taillan-Médoc.

Ainsi s’achève plus de quarante années de présence des Filles de la Charité à Eysines, marquées par l’éducation, le soin, l’accompagnement social et une profonde proximité avec la population locale. Leur action a durablement marqué l’histoire de la commune et laissé une empreinte importante dans la mémoire collective.

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