LES FILLES DE LA CHARITE DE NARBONNE

Narbonne est une ville située sur la côte méditerranéenne et la basse plaine du département de l’Aude.

L’histoire du parcours des Communautés de Narbonne montre la disponibilité des Sœurs pour répondre aux appels et s’adapter aux évènements de leur temps.

Les Filles de la Charité ont été présentes durant 320 ans à Narbonne, de 1659 à 1979, avec des interruptions du fait de la laïcisation :  

  • de 1659 à 1904 à la Miséricorde rue Charras
  • de 1920 à 1979 à La Providence 10 Quai de la Charité  
  • de 1673 à 1968 à l’Hôtel Dieu 
  • de 1769 à 1907 à l’Hôpital Général 

LA MISERICORDE

Monsieur François FOUQUET, Archevêque de Narbonne de 1659 à 1673, est un ami de Saint Vincent de Paul. Il introduit les Prêtres de la Congrégation de la Mission pour instruire les ecclésiastiques, et les Filles de la Charité pour soigner les malades et visiter les pauvres. 

Trois Sœurs partent avec une lettre d’obédience du 12 septembre 1659. Elles arrivent de PARIS à « La Charité » et logent sous la dépendance des Dames de la Miséricorde. 

Saint Vincent s’adresse à Françoise CARCIREUX, Anne DENOUAL et Marie CHEESE envoyées à Narbonne 

« C’est donc vous, mes Chères Sœurs que la Providence a choisies pour ce voyage tant important et désiré par Mgr de Narbonne. C’est un grand serviteur de Dieu et qui a grand désir de faire bien assister les pauvres. De dire ce que vous allez faire, je ne le puis car je ne sais pas ni, je crois ce bon Seigneur, quoique je sois bien assuré que vous allez pour la gloire de Dieu et le service du prochain. Peut-être fera-t-il un hôpital et je crois aussi qu’il fera la Charité dans la ville ».  

Deux d’entre elles sont reçues dans cet Etablissement avant d’aller à l’Hôpital Saint Paul. La troisième Sœur reste à « La Charité » pour instruire les pauvres de la Maison. Sœur CARCIREUX y découvre des filles « de mauvaise vie, retenues par force, ce qui explique qu’elles sont fort difficiles ».

A cette époque les Sœurs allaient visiter les malades dans les différents hôpitaux de la ville. L’acte de fondation de 1670 mentionne :  «  En ce qui concerne la nourriture et le traitement des pauvres malades, les dites filles seront entièrement soumises aux Dames Officières de la Confrérie de la Charité anciennement établies dans la ville de Narbonne, desquelles et particulièrement de la supérieure, elles exécuteront ponctuellement les ordres pour la réception et le congé des malades, auxquels elles feront cuire les viandes, porteront les bouillons, prépareront les remèdes et médecines, distribueront aussi toutes les douceurs et commodités qui leur seront fournies par les dites dames ».

Telle est l’œuvre de la « Miséricorde » à son origine.

Des Sœurs sont alors envoyées en renfort : Françoise PERRIER, Jeanne LE BŒUF, Anne BIGNON et Olive DUBOIS. Elles logèrent à « La Charité » contre le gré des Dames qui désirent les voir habiter ailleurs. 

Mais vers 1690, suite à l’effondrement de la maison qui faillit coûter la vie à l’une d’elles, elles quittent ce lieu pour se réfugier quelques temps chez les Filles de la Croix, dans l’attente d’une maison dont nous n’avons pas la trace.

Vers 1830, l’implantation d’origine « La Miséricorde » est transférée rue Charras. Les Sœurs y tiennent une école et un ouvroir, ainsi qu’un petit internat pour les enfants des campagnes qui étudient chez elles. Cette maison est mise à leur disposition ; il semble qu’elles sont subventionnées par le Bureau de Bienfaisance. Elles préparent les remèdes pour les malades qu’elles vont voir à domicile. L’Ecole s’est fort développée.

Grâce à un legs reçu en 1885, elles font construire une nouvelle maison dans le voisinage, appelée « Nouvelle Miséricorde », avec de nouvelles classes pour l’école. Mais la laïcisation atteint cette belle œuvre en 1904. Les Sœurs doivent quitter Narbonne et se retirent en Espagne.

LA PROVIDENCE

En 1920, le legs d’une maison au 10 quai de la Charité, permet aux Sœurs de s’installer à nouveau. Cette maison est nommée : la « Providence ». 

Les Sœurs développent leurs œuvres : visites des malades à domicile, dispensaire, dames pensionnaires, internat pour 40 enfants, garderie, catéchismes, patronages.

En septembre 1943, la Mairie donne un avis officiel pour l’occupation du Château de Bram, situé entre Narbonne et Toulouse. Il est Centre de refuge pour les enfants. Le 26 janvier 1944 a lieu l’évacuation des Dames pensionnaires et en février c’est la fermeture de la crèche. En avril c’est aussi l’évacuation de l’école ménagère à Bram. Après le débarquement à Dieppe le 6 juin 1944, les Sœurs reviennent à Narbonne le 15 septembre.

 « Le 15 février 1945, ouverture d’un compte en banque, et vote des Sœurs le 29 avril ; ouverture d’un cinéma paroissial le 17 mars 1946 » Extrait d’un cahier manuscrit.

En 1950, elles ont une Ecole Technique avec un effectif de 120 jeunes filles.

A partir de 1960, les œuvres se multiplient : l’Ecole Technique « Saint Vincent de Paul » compte 160 élèves avec les sections Industrie, Commerce et carrières sociales ; 30 jeunes à l’Internat de l’école ; 30 jeunes à la Maison d’Enfants ; la Cantine ; la Garderie ; les patronages ; un Foyer d’Etudiantes ; un Foyer de Jeunes Travailleuses ; la colonie de vacances à Vicq (Allier).

En 1968, l’Ecole de La Providence passe sous la Direction Diocésaine dans les locaux de « Beau séjour ». L’année suivante, plusieurs fermetures sont effectuées : la Maison d’Enfants, la Cantine, le Restaurant de Jeunes Filles.

La Providence est fermée en 1979.

Fête de Notre Dame

L’HOTEL-DIEU

Comme toutes les villes ecclésiastiques, Narbonne, siège d’un archevêché, est pourvu d’établissements « charitables » très tôt. Au Moyen-âge, deux parties de la ville avaient chacune une léproserie et hébergeaient les pèlerins de Compostelle. En 1338, les malades vont à l’Hôpital Saint Paul. Plus tard, cet Hôpital est nommé « Hotel-Dieu ».

En 1673, Monsieur FOUQUET veut aussi doter l’Hôtel-Dieu et appelle trois Sœurs « filles religieuses hospitalières pour le service des pauvres de l’Hôpital sous la Direction de Messieurs les Directeurs du Bureau ».

En 1696, un nouveau contrat est passé avec la Communauté pour l’établissement de quatre autres Sœurs : « l’Hôtel-Dieu, est destiné à donner des secours aux pauvres malades de la ville et du Diocèse, ainsi qu’aux étrangers qui s’y présentent ».

Le service est confié à huit Sœurs dont une Supérieure qui veille avec le plus grand soin à l’administration générale de la maison. Deux autres Sœurs sont employées à la pharmacie ; quatre Sœurs sont chargées du soin des malades et la huitième est occupée au service de la cuisine. Elles ont huit domestiques chargés de pourvoir aux besoins des malades, un chapelain et un secrétaire. 

En 1792, les Sœurs de l’Hôtel-Dieu sont maintenues. Mais elles doivent changer de costume, ainsi qu’à la Révolution de 1848. Elles ne sont pas inquiétées durant la Commune de 1871, qui est pourtant marquée à Narbonne. Elles soignent les blessés durant la 1ère Guerre Mondiale, comme dans tous les hôpitaux.

En 1936, lors de la Révolution d’Espagne, elles reçoivent plus de cent blessés et malades, chassés de ce pays par le Gouvernement régulier.

La Guerre 1939-1944 leur donne encore bien des émotions et l’occasion de manifester leur dévouement.

La paix revenue, l’Hôtel-Dieu développe et perfectionne ses services, une école d’infirmières est créée en 1950. 

Sœurs et jeunes filles y étudient en vue d’obtenir leur diplôme d’infirmière de l’Etat Français.

L’Hôtel Dieu » est fermé en 1968. 

L’HOPITAL GENERAL 

En 1739, un « Hôpital Général » est construit à la place de « La Charité ». 

En 1769, cinq Filles de la Charité sont appelées par l’Administration de l’Hôpital Général. Le contrat est passé à Paris le 9 septembre. Un article porte sur « l’établissement de deux Sœurs de l’Institut de M. Vincent, en qualité d’économes, pour régir la maison de charité de la ville fondée par feu M. Fouquet, Archevêque, conjointement avec trois autres Sœurs du même Institut, ».  

Le nombre de Sœurs est porté à six Sœurs en 1770 et sept Sœurs en 1772. 

« L’Hôpital Général, connu sous le nom d’Hôpital de la Charité, est sous le régime des Directeurs de l’Hôtel-Dieu. Le Service de cet hôpital est administré par sept Sœurs de la Charité. La Supérieure qui fait la dépense rend compte au Directeur. Les autres Sœurs sont chargées de maintenir l’ordre et la discipline parmi les « renfermés », de les faire travailler chacun dans leur emploi et de les élever dans les exercices de piété. Si quelqu’un tombe malade, il part à l’Hôtel-Dieu où il est traité ».

Le 7 juin 1792, Sœur AMIOT et les Sœurs de la Communauté sont obligées de quitter l’établissement sous des menaces extérieures à la Municipalité qui ne peut l’empêcher. Le départ des Sœurs est vu avec regrets par toutes les personnes qui ont pu apprécier leurs services. 

La direction est confiée à des femmes laïques. Le 17 juillet 1796, les administrateurs disent : « leur inexpérience et leur peu de soin plongent cette maison dans un affreux désordre ». Ce qui les obligent à faire un choix : supprimer cette maison et voir partir 300 orphelins et vieillards sans asile, ou remettre la maison en des mains capables de la soutenir. L’humanité l’emporte : Sœur AMIOT est désignée par l’opinion publique et les Sœurs sont rappelées. 

Le 6 août 1839, un Traité est conclu entre les Administrateurs de l’Hôpital Général, la Supérieure Générale et le Supérieur Général, pour huit Filles de la Charité. Quinze articles précisent les conditions entre l’Hôpital et la Compagnie des Filles de la Charité. 

Depuis 1769, onze Supérieures, dont Soeur BUCHEPOT, se succèdent jusqu’à la laïcisation votée en 1907. 

Malgré les protestations des Administrateurs, a lieu le départ des Sœurs de l’Hôpital Général.

Service des Archives de la Province Belgique-France-Suisse des Filles de la Charité
(71ᵉ article historique depuis janvier 2020)