Vingt Communautés de Filles de la Charité à LYON du XVIIème au XXIème siècle
Cet article n’est pas un historique des maisons mais un aperçu des débuts des Communautés de Filles de la Charité et de leur évolution sur une ville du XVIIème au XXIème siècle.

Au 17ème siècle, Lyon est une ville importante avec un centre culturel, des activités de production et de commerce. Dans certains quartiers, la misère est grande. C’est le domaine des Canuts, ouvriers en soierie, avec des ruelles tortueuses qui abritent des centaines de métiers à tisser, propriété de l’ouvrier, qui est lui-même patron de tous les membres de sa famille, y compris les enfants. Mais le produit de son travail ne lui appartient pas. Pour vendre les étoffes, il doit passer par l’intermédiaire du puissant marchand qui fixe le prix du travail.
Au XVIIème siècle : 3 Communautés
Les premières Filles de la Charité arrivent à Lyon 10 ans après la mort de leurs fondateurs, Saint Vincent de Paul et Sainte Louise de Marillac.

1 – C’est le 14 août 1671 que deux premières Filles de la Charité débarquent en quai de Saône. Une Dame fortunée, membre de l’Association Sainte Françoise offre aux Sœurs une maison faisant l’angle de la rue Dorée et de la rue Pysse-Truie (actuelle rue Mourguet) proche de l’avenue du Doyenné. L’œuvre de cette Maison de Charité est « la Marmite ». L’œuvre de Sainte Françoise épaule autant qu’elle peut « la Marmite » en offrant des portions de pain, bouillon et viande. En 1793, les Sœurs doivent se disperser. Tout le matériel de « la Marmite » est confisqué et dilapidé. Mais la Supérieure ne se résout pas à abandonner les pauvres. Elle garde contact avec la « clientèle » de « la Marmite ». En 1812, le Préfet interdit aux Marmites la distribution de légumes secs car le ravitaillement doit être assuré en priorité aux armées de Bonaparte. La rue Dorée disparaît au profit de la rue du Doyenné et la maison primitive est démolie. Une autre maison accueille des orphelines. Cette Communauté est sur la paroisse Saint Jean.

2 – Une deuxième maison est ouverte sur la paroisse Sainte-Croix en 1679 avec l’Oeuvre de la Marmite. Les Sœurs dites « Sœurs Grises » sont envoyées de Paris par les Dames charitables. En 1730, les Dames font construire un bâtiment pour l’Ouvre au 28 rue de la Charité pour 150 vieillards assistés. Les Sœurs s’occupent des vieillards qui doivent avoir au moins 60 ans. Cela consiste en trois distributions de viande cuite par semaine, de bouillon et de ration de pain. Elles fournissent une chemise toutes les semaines et d’une paire de drap tous les mois, et assurent le blanchissage. Dans la mesure des dons, des vêtements et des douceurs sont distribués aux malades et aux infirmes qu’elles visitent régulièrement chez eux. Le médecin leur est envoyé lorsque cela est nécessaire. En outre, il leur est fait une distribution de bois et de charbon trois fois par hiver. A la Révolution, les Sœurs sont renvoyées et le Bureau des Dames dispersé. En 1796, les Sœurs reprennent leur place et reconstitue l’Oeuvre. L’assistance aux vieillards se poursuit jusqu’à la Guerre 1914, où les restrictions amènent des changements dans la distribution. En 1886, la Communauté est transférée 27 rue Auguste Comte sur la paroisse Saint François de Sales, avec un orphelinat, une Bonne Garde et un Hospice de femmes. (Fermeture en 2004).
3 – En 1698, les Filles de la Charité arrivent à l’Hôpital de la Charité ou de « l’Aumône générale ». Mais leur présence ne dure que huit mois. (Fermeture en 1699).
Au XVIIIème siècle : 2 Communautés

4 – Dès 1699, des Sœurs sont appelées pour aider les Dames à l’Oeuvre de « la Marmite » située 84 Quai Pierre-Scize sur la paroisse Saint Paul. En 1702, un contrat est passé entre les Filles de la Charité et les Dames Charitables de la paroisse pour continuer le service des pauvres. En 1747, elles achètent une Maison située rue du Bourg-Neuf. A la Révolution elles partent mais reviennent 4 ans plus tard. Elles ouvrent un hospice en 1860, puis un orphelinat et une Bonne Garde. (Fermeture en 1972 – durée 273 ans).

5 – En 1711, une nouvelle Maison de Charité est ouverte sur la paroisse Saint Martin d’Ainay au 16 rue Bourgelat. Les Soeurs sont chargées de la distribution des secours à « l’Oeuvre des Messieurs » et logent dans la maison des Dames. En 1773, deux autres Filles de la Charité sont adjointes pour l’Etablissement dit « Marmite des Dames ». Un local est acquis afin que les Sœurs puissent élever chez elles les jeunes filles indigentes ou orphelines. En 1779, une maison est construite au confluent du Rhône et de la Saône pour accueillir les 17 Sœurs et leurs élèves. Une pharmacie est établie en 1780. De 1914 à 1917, la maison est transformée en ambulance. Les œuvres sont : orphelinat, Bonne Garde et une Infirmerie avec des dames pensionnaires. (Fermeture en 1974 – durée 263 ans).
Au XIXème siècle : 14 Communautés
Au 19ème siècle, Lyon connaît une période de croissance avec l’essor de nouvelles Paroisses. La Cathédrale Saint Jean est le symbole de la Ville. Les Etablissements fleurissent dans la Ville avec des activités polyvalentes. Les Curés des paroisses appellent les Filles de la Charité, de nouvelles Communautés fleurissent aussi ; la Compagnie des Filles de la Charité ouvre quatorze communautés, seulement trois d’entre-elles ne verront pas le 20ème siècle.

6 – Sur la paroisse Saint Nizier, les Filles de la Charité arrivent en 1806, nommées « Soeurs des Incurables ». Elles font la visite et les soins à domicile. Elles sont remplacées par les Sœurs de Saint Charles en 1812. (Durée 6 ans).
7 – Les Sœurs sont appelées en 1823 par le Curé de la paroisse Notre Dame Saint Vincent (alors appelée Notre Dame Saint Louis). Les Sœurs visitent les pauvres, distribuent des secours au « Bureau de Bienfaisance ». Lors des terribles inondations de 1840, tous les efforts se concentrent sur l’aide aux victimes. Elles habitent rue Bouteille. En 1866, elles s’installent dans un immeuble de la Fabrique 16 rue Martinière avec 25 orphelines et les « bonnes vieilles » de l’hospice des femmes. Au 59 Quai Saint Vincent, un Fourneau Economique est dans la cour ; les Sœurs distribuent 1 500 à 1 800 portions chaque jour. A la Loi de Séparation, elles émigrent 17 rue Vieille. (Fermeture en 1972 – durée 149 ans).
8 – En 1845, elles arrivent sur la paroisse Saint Bonaventure au 1 rue Saint Bonaventure. C’est une Maison de Charité avec orphelinat. (Fermeture en 1950 – durée 105 ans).
9 – Sur la paroisse Sainte Marie, les Sœurs ont un orphelinat et un ouvroir de 1846 à 1848 (Durée 2 ans).
10 – En 1848, elles arrivent sur la paroisse Saint Vincent, au 144 route de Vienne, à l’Asile d’aliénés Saint Vincent de Paul, qui devient la Clinique Carrier Saint Vincent, puis la Clinique psychiatrique. (Fermeture en 1994 – durée 146 ans).

11 – En 1855, les Sœurs arrivent sur la paroisse Saint Alban, au 104 rue Laennec, à l’Hospice des jeunes incurables de la ville de Lyon. Plus tard, elles ouvrent le Foyer Saint Alban 104 rue Laennec. (Fermeture en 1968 – durée 259 ans).
12 – En 1857, les Sœurs arrivent sur la paroisse Saint Polycarpe, au 3 Place des Capucins. Maison de Charité où elles ouvrent la pharmacie des ouvriers de la soie. (Fermeture 1942 – durée 85 ans).
13 – Les Filles de la Charité arrivent à l’Hôpital Militaire sur la paroisse Saint-François-de-Sales en 1858 où elles restent jusqu’en 1904. (Durée 46 ans).
14 – En 1858, elles arrivent sur la Paroisse de la Rédemption, au 22 rue Duguesclin. C’est une Maison de Charité avec orphelinat, Bonne Garde et école. (Fermeture en 1971 – durée 113 ans).

15 – C’est sur la paroisse Saint Vincent de Paul, quartier de la Guillotière, qu’elles arrivent en 1858, au 103 rue de Vienne, pour une Maison de Charité avec Bonne Garde. Avec la laïcisation en 1906, la communauté est fermée. (Durée 48 ans).
16 – En 1862 s’ouvre une nouvelle Maison de Charité à la Guillotière avec l’école « Saint Vincent de Paul – Apprentis », qui connaît une rupture à la laïcisation en 1906. (Durée 44 ans).
17 – A la paroisse Saint Luc s’ouvre une communauté en 1869, au 20 Quai Claude Bernard dans un Hôpital, homéopathique à l’origine. (Fermeture en 1968 – durée 99 ans).

18 – Appelées par le Curé de la paroisse Saint Pierre de Vaise, trois Filles de la Charité arrivent en 1881 au 8 Place Dumas-de-Loire. Elles soignent les malades gratuitement. Elles visitent les familles nécessiteuses et quêtent pour leur venir en aide. Un ouvroir s’ouvre avec des bénévoles pour confectionner des trousseaux pour les familles. Elles se réunissent avec les Dames de la paroisse pour la répartition des Bons de pain. Il faut prévoir les distributions des galoches pour les enfants et de charbon pour certaines familles. Plus tard, elles accueillent des Dames pensionnaires. (Fermeture en 1994 – durée 113 ans).
19 – Une Communauté arrive à l’Hôpital sur la paroisse Saint Joseph en 1894, au 7 rue Parmentier. (Fermeture en 1972 – durée 78 ans).

Au XXème siècle : 1 Communauté
20 – En 1926, les Sœurs reviennent à la Guillotière pour des soins. Le Centre Médico-Social est transféré au 10 rue Benoît-Bernard en 1973 (Fermeture 1994 – durée 47 ans).
Toutes les œuvres répondent aux misères dans différents domaines :
– les six Hôpitaux répondent aux besoins de soins : Hôpital de la Charité en 1698, Asile en 1848, Hospice des jeunes incurables en 1855, Hôpital Militaire en 1858, Hôpital Saint Luc en 1869, Hôpital Saint Joseph en 1894. S’y ajoutaient une pharmacie, les soins à domicile et les visites aux malades.
– de nombreuses distributions aux personnes et familles en difficulté, participent à la mise en place d’une aide sociale : la Marmite – le Fourneau Economique – le Bureau de Bienfaisance.
– Les orphelinats et Bonnes Gardes répondent aux besoins de la jeunesse : les orphelins (conséquence des guerres et des maladies) et les enfants abandonnés ; mais aussi à la nécessité de l’éducation scolaire, en particulier pour les petites filles.

Conclusion
Le XIXème siècle a connu une expansion de la vie religieuse apostolique avec la fondation de nombreuses Congrégations. De même, les paroisses ont vu leur nombre augmenter. Très souvent les prêtres faisaient appel aux Filles de la Charité. Elles connaissent une forte augmentation des vocations religieuses ce qui leur permet de répondre aux appels et de se mettre au service des plus démunis. Au XXIème siècle, la présence des Filles de la Charité est assurée dans la ville de Lyon par la première Communauté ouverte en 1671.