Les Filles de la Charité à Pouancé (Maine-et-Loire)

Pouancé est situé à l’extrémité nord-ouest du département de Maine-et-Loire, dans une région de forêts et d’étangs. C’est une petite ville rurale qui compte moins de 2 000 habitants au XIXe siècle, en bordure de la Loire-Atlantique, de la Mayenne et de l’Ille-et-Vilaine. Son hôpital rural, situé au milieu de la ville, possède un long passé.

Dès 1690, par la volonté de Mlle Françoise de Charbonnier et des habitants de Pouancé, avec l’agrément de Monseigneur Henri Arnauld, évêque d’Angers, une modeste maison est louée, puis achetée en janvier 1700 pour y recevoir et faire soigner les malades pauvres. Deux autres maisons sont achetées au profit de l’œuvre, qui est appelée « Confrérie de Charité ».

C’est en 1703 que l’hôpital est construit par Marguerite de Thierry de Langeraye, première supérieure de la Communauté de la Croix d’Angers. Elle décède le 30 mai 1707.

Une lettre de Louis XIV permet d’ériger en « Hôpital » la « Confrérie de Charité » établie depuis treize ans à Pouancé et lui accorde l’autorisation de recevoir des dons et des legs. Les soins sont donnés par la « Congrégation des Filles de la Trinité ». Ne pouvant plus se recruter et en raison de leur grand âge, elles sont remplacées par les « Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul », en vertu d’une autorisation ministérielle en date du 16 novembre 1821.

Le 19 février 1822 arrive à Pouancé le premier groupe de quatre Filles de la Charité envoyé par Sœur Catherine Amblard, Supérieure générale. Sœur Marie Chaudefond est nommée première supérieure jusqu’en 1829. Une autre sœur, Anna Cambedouzou, sera supérieure de 1858 à 1888. D’origine espagnole, née en 1818 à Montauban, elle possède de grandes aptitudes pour animer une communauté et suivre les travaux de l’hôpital. C’est ainsi que l’hôpital connaît un développement considérable.

Pouancé, les fortifications *

Un traité de 1853 relate que deux Filles de la Charité prennent en charge le Bureau de Bienfaisance de Pouancé. Un article stipule : « Elles devront porter à tous les malades pauvres des secours dans toute l’étendue de la commune. »

Depuis la fondation et jusqu’en 1860, l’œuvre première est le soin des pauvres malades. Cette même année, un ouvroir est ouvert pour 80 jeunes filles qui travaillent à des travaux de couture.

En 1864 et 1866, grâce aux libéralités d’un riche propriétaire, l’ouverture d’un asile permet de recevoir et d’instruire les enfants en bas âge. Trois ans plus tard, c’est la construction d’un bâtiment destiné aux vieillards et aux orphelins.

La répartition des 120 lits est la suivante : 20 lits pour les hommes, 20 pour les femmes, 12 pour les malades « épidémiques », 28 pour les vieillards et 40 pour les orphelines. Le personnel de l’hôpital comprend un aumônier, deux médecins, onze sœurs, cinq infirmiers et cinq domestiques. De nombreux dons permettent à l’hôpital de fonctionner.

En 1939, l’hôpital compte toujours 125 lits. Une sœur est chargée par le Bureau d’Aide sociale de faire une distribution mensuelle de bons de pain. Cette distribution se fait dans un local de l’hôpital.

En 1950, l’ouvroir et l’asile sont fermés. Les locaux de l’orphelinat sont inoccupés par manque d’enfants. Mais, à la suite de demandes, la commission administrative décide de transformer l’orphelinat en service de « convalescents ». Ce sont des malades venant des hôpitaux d’Angers, de Rennes et de Nantes. Un projet de construction d’une nouvelle maison de retraite n’aboutira que douze ans plus tard.

Les soins à domicile sont également nés d’un besoin (sans date précise). Ils sont assurés dans la ville de Pouancé et ses environs, dans un rayon de 10 kms. C’est une sœur du service des convalescents qui les assure.

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En 1965, c’est l’ouverture de la maison de retraite où 46 pensionnaires sont accueillis dans des chambres d’un ou deux lits. C’est aussi l’ouverture de nouveaux services : maternité, médecine, service des invalides, conciergerie (1) et bureaux. La communauté est transférée et la conciergerie est installée dans un pavillon neuf.

En 1969 débute la reconstruction du service des vieillards hommes afin d’accueillir 60 personnes.

Les années 1970-1971 marquent un arrêt dans les travaux. Il reste 90 personnes âgées et fragiles à reloger, ce qui nécessite un projet de rénovation de cet hôpital rural. Les 280 lits ont un taux d’occupation de 80 %. Dix sœurs sont responsables des services, avec trois infirmières laïques et soixante-dix employés.

L’hôpital rural a été créé pour accueillir et soigner les pauvres malades. Il a répondu aux besoins du moment : ouvroir, asile, orphelinat. Ces œuvres ont disparu, mais elles ont été remplacées après rénovation et transformation. Si l’accueil des personnes âgées est important, celui des malades jeunes ou sortant d’établissements psychiatriques, nécessitant surveillance et encadrement, l’est également.

La majorité des personnes âgées viennent d’Angers, ville éloignée de Pouancé. Elles se sentent isolées, ce qui entraîne solitude et repli sur soi. Les loisirs sont la lecture, la télévision et les promenades. Aussi, l’organisation d’animations devient nécessaire.

En 1972, ouverture d’un service pour l’animation des malades de l’hospice. Formation de toutes les aides-soignantes lorsque tous les postes sont pourvus, jusqu’en 1977.

En 1974, l’hôpital prend en charge le service des soins à domicile, jusque-là assuré par la communauté.

En 1976, fermeture du service de maternité. Les locaux sont attribués au centre de soins, à la kinésithérapie, à des médecins de consultation externe et à l’extension du service de médecine. Est également construite une nouvelle tranche pour l’hospice des femmes.

En 1980, la partie vétuste de l’hôpital est détruite et remplacée par une aile destinée au service de médecine comprenant : sept chambres de deux lits, une salle de séjour et une salle à manger, afin de répondre au besoin d’humanisation, ainsi qu’une réorganisation de dix-huit chambres individuelles. L’établissement correspond alors davantage à un besoin local.

Dans une réflexion, les sœurs expriment leur constat : « L’humanisation ne s’arrête pas aux locaux ; beaucoup de malades réclament un temps d’écoute et de disponibilité qu’il n’est pas toujours possible de donner, faute de temps ou de personnel. »

Désirant dissocier les fonctions de surveillante et de sœur servante, elle demande l’abandon du poste de surveillante.

La communauté est toujours insérée dans l’hôpital. À partir de 20 heures et jusqu’à 7 ou 8 heures du matin, la surveillance infirmière incombe aux sœurs logées dans l’hôpital. Elles sont toutes salariées et intégrées au mouvement du personnel, chacune selon sa formation et ses aptitudes. Elles travaillent en équipe avec des infirmières laïques, des aides-soignantes ou des ASH (2). Du fait de la fermeture des bureaux, les sœurs sont toujours présentes pour accueillir les visiteurs.

Les sœurs ont le souci d’être attentives aux grands malades, afin d’aider ceux qui sont dans les dernières semaines de leur vie à vivre leur maladie dans la foi et l’espérance et à se préparer à recevoir le sacrement des malades ; pour les autres, elles se réjouissent de les voir repartir guéris.

En 1981, Pouancé est un petit centre urbain de 4 000 habitants à périphérie rurale, avec 217 habitations dispersées dans la campagne, dont 128 fermes et 89 maisons. L’éloignement des grands centres rend difficile le recrutement des infirmières.

En 1983, du fait de la diminution du nombre de sœurs dans la communauté, une réflexion est menée sur le choix d’un logement plus petit, avec un projet d’extériorisation. Les gardes de nuit peuvent désormais être assurées par toutes les infirmières à tour de rôle.

Le 22 octobre 1984, les quatre sœurs (trois infirmières et une aide-soignante) s’installent dans une maison située au 11, rue de Bretagne, dans un lotissement à dix minutes de marche de l’hôpital. Une aumônerie se met progressivement en place avec une sœur à l’hôpital.

En 1988, la communauté de quatre sœurs est transférée dans un autre logement du même lotissement, au 7, impasse de Touraine : une infirmière et trois aides-soignantes.

Après 170 ans de présence, les sœurs quittent Pouancé le 1er mai 1992.

Le service des archives de la Province

Notes (1) Conciergerie : service destiné à améliorer la qualité de vie au travail des soignants et à rendre le séjour des patients plus confortable.

(2) ASH : agent de service hospitalier.

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