Quatre Communautés des Filles de la Charité dans le 5ème arrondissement de Paris

Les Filles de la Charité de Saint Nicolas du Chardonnet
Première maison de Louise de Marillac, rue des Fossés Saint Jacques
En 1630, la peste sévit à Paris. Vincent de Paul écrit à Louise de Marillac au sujet de la Charité de Saint Nicolas du Chardonnet, Paroisse de la première Maison de Charité. Il lui envoie Marguerite Naseau pour soigner les malades, qui sera la première « Fille de la Charité ». Avec d’autres filles, Louise de Marillac regroupe la première Communauté des Filles de la Charité, rue des Fossés Saint Jacques. (1)
La maison étant devenue trop petite, elles partirent à Saint Denis de la Chapelle, puis plus tard à Saint Laurent pour se rapprocher du prieuré Saint Lazare.
En 1833, les Filles de la Charité reviennent sur la Paroisse Saint Nicolas du Chardonnet. Un registre relate la déclaration d’un l’Orphelinat le 21 Avril. En Février 1892, la maison et l’école sont au 19 de la rue des Bernardins. Cette école est concédée par la Ville de Paris sous la rubrique : Ecole Congréganiste, publique et gratuite. Faute de place, quelques orphelines couchent au 24 de la rue des Bernardins. Les locaux étant trop exigus, aussi l’école et le préau sont construits au 42 Boulevard Saint Germain. La maison de la Communauté, avec l’orphelinat et la crèche, est construite au 15 rue des Bernardins.
Un mur mitoyen de peu de hauteur, permet de jouir du jardin et de la vue du Château de Madame de Miramion (2), où venaient Vincent de Paul et Louise. Ce château est devenu musée de l’Assistance Publique dont l’entrée se trouve quai de la Tournelle avec des souvenirs des Fondateurs, Vincent de Paul et Louise de Marillac. Ce Musée est transféré plus tard à l’Hôtel Dieu.
En 1894, la crèche Sainte Lucie est installée par Sœur DAUDET, Sœur servante. Elle reçoit 26 enfants de 5 paroisses âgés de 2 mois à 3 ans.

En 1898, Sœur Marie DUTILLEUL remplace Sœur DAUDET. Elle installe une Ecole Ménagère, l’œuvre du trousseau, la « caisse dotale » (3), les retraites fermées à la maison de campagne de Montfort-L’amaury, et les œuvres des « Enfants de Marie » mariées, les « Louise de Marillac ». Toujours en avance, elle commence la visite médicale dans les classes, alors que personne n’en parle encore.
Au début du 20ème siècle, les jeunes filles de l’Ecole ménagère sont plus nombreuses et la Colonie de Vacances compte 80 enfants.
En 1925, la première « Permanence mariale » s’ouvre pour faire connaître le message de la Vierge à la rue du Bac avec la Médaille miraculeuse. Après ses 29 ans de présence dans cette maison, Sœur DUTILLEUL a son changement en 1927. La même année, l’atelier de lingerie pour les grandes internes est supprimé. Les œuvres de la maison sont modifiées selon les besoins.
Sœur TOULOUSE qui lui succéda reste un peu plus de 10 ans à Saint Nicolas. De nombreux travaux sont faits à la colonie de Montfort-l’Amaury, qui simplifient la vie des Sœurs : une chapelle, l’augmentation du nombre de chambres, un préau de style normand dans le jardin pour les enfants.
En 1938, Sœur TOULOUSE a son changement pour AMIENS en janvier, avec la mission de « Visitatrice ». Durant la guerre, elle est sous les bombardements incessants, de jour et de nuit.
Le 31 juillet 1968, les Sœurs quittent la maison de la rue des Bernardins de cette Paroisse, pleine de souvenirs de l’origine de la Compagne des Filles de la Charité !
Les « Religieuses des Sacrés Cœurs de Mormaison » (4) qui ont une petite école rue de la Harpe recherchent des locaux. Elles acceptent de reprendre les œuvres de ce quartier : l’Ecole, le service des malades et le dispensaire.
Les Filles de la Charité de Saint Jacques du Haut Pas, 27 rue Pierre Nicole
L’Etablissement de Saint Jacques du Haut Pas est fondé par Vincent de Paul et Louise de Marillac. La Confrérie des Dames de la Charité a été établie le 1er mai 1648.
En 1684, les « Sœurs grises » (5) visitent les pauvres à domicile, et, en 1686 elles font la classe aux petites filles.
En 1855, les Sœurs s’installent au n° 250 de la rue Saint Jacques. Les œuvres sont : Ecole, visite des pauvres, orphelinat, Bureau de Bienfaisance.
En 1871, une Sœur prépare des remèdes dans la pharmacie, lorsqu’une voix forte prononce ce mot : « sortez », ce que la Sœur fait de suite. Au même instant, un obus traverse la pièce. L’Enfant Jésus que porte la statue de la Vierge a les pieds brisés, et c’est tout !
A la fermeture du Bureau de Bienfaisance en 1890, les Sœurs et les orphelines sont accueillies chez les petites Sœurs des Pauvres, dans des locaux inoccupés.
En 1891 et 1892, le Curé de la paroisse se rendant compte que la situation ne pouvait pas se prolonger, unit sa fortune à celle de la Sœur Servante, et grâce à une souscription ouverte dans la Paroisse, un terrain est acheté pour construire un bâtiment.
En 1910 les classes sont fermées, mais elles sont à nouveau ouvertes par les Enfants de Marie, sous la Direction de Melle REGNARD, leur Présidente. L’école libre est fondée !
L’Etablissement reconnu d’Utilité Publique comprend : un internat pour filles de 3 à 6 ans, un jardin d’enfants. Un Dispensaire, placé sous le vocable de « Notre Dame de la médaille miraculeuse », reçoit de très nombreux malades. Il est apprécié des travailleurs qui y sont reçus après leur journée.
Au départ des Sœurs, la maison est reprise par les Sœurs de Notre Dame Auxiliatrice ; mais elles ne reprennent que le Dispensaire, et les œuvres paroissiales. Elles ne continuent pas le Jardin d’enfants et l’internat des fillettes.
Les Sœurs quittent le 27 rue Pierre Nicole, le 19 Septembre 1958.

Les Filles de la Charité de Saint Séverin, rue de la Parcheminerie
Maison ouverte en 1871 qui n’a pas laissé d’archives, à l’exception d’un compte-rendu de visite de mars 1968.
Un fascicule des Maisons des Filles de la Charité de 1930 mentionne les œuvres : Ecole, Consultation de nourrissons, Orphelinat depuis 1927.
Les Filles de la Charité de Saint Médard, rue de l’Epée de Bois
La Maison de Charité de la Paroisse St Médard existe déjà quand Soeur Rosalie RENDU (6) y fut envoyée en 1830, peu de temps après la Révolution de 1789.
Les Sœurs sont rue de l’Epée de Bois avec un Hospice, un Orphelinat, une Ecole et le service des Pauvres. Mais avec la Loi FERRY, l’Ecole Municipale leur est enlevée. Une recherche est faite pour installer leur école dans un autre local de la même Paroisse.
C’est dans la rue Geoffroy St Hilaire que la 1ère pierre de la maison est bénite par le Curé de Saint Médard, le 6 août 1892. L’inauguration de l’Ecole a lieu le 23 juin 1893.
Pendant quelque temps, le petit Hospice de la rue de l’Epée de Bois continue de fonctionner. Malgré des efforts, son budget est plus que modeste. D’autre part, les bâtiments tombent en ruine. Les Filles de la Charité doivent abandonner cette oeuvre. Depuis, cet immeuble a été réparé par l’Assistance Publique qui y a installé un Dispensaire et un Hospice : le souvenir de Sœur Rosalie y est conservé.

La Loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat du 9 décembre 1905 voue l’Ecole Soeur Rosalie à disparaître comme toutes les Ecoles Congréganistes. Elle dure cependant jusqu’en 1914 et compte parmi les « Ecoles préservées ».
La Providence exauce les vœux formés à cette époque et la Première Guerre mondiale amène un « adoucissement » à l’orientation de la politique en matière scolaire.
Quand Sr DESJEUX est nommée à la tête de cette maison, non seulement l’Ecole Soeur Rosalie se développe pour ce qui regarde le nombre d’élèves et la qualité du personnel.
D’autres Œuvres fonctionnent : Orphelinat, Patronages, Catéchismes, Atelier Professionnel de Couture, et plus tard le Cours Commercial mais surtout le service des Pauvres et Malades.
Avec la Seconde Guerre mondiale et le nouveau statut des Congrégations Enseignantes, des sacrifices sont demandés aux Soeurs enseignants dans d’autres Ecoles à Paris, la Banlieue et en Province. L’Ecole Sœur Rosalie prend alors une nouvelle orientation. A côté des Sœurs, toute une équipe d’Institutrices dévouées partage le travail scolaire.
En 1956, une décision est prise par la Maison Mère : l’Ecole « Louise de Marillac » fondée en 1942 rue de la Tombe Issoire vient se souder à l’Ecole Sœur Rosalie. Le bloc pédagogique ainsi constitué permet une meilleure formation professionnelle.
La vieille maison se prête à ce projet audacieux : l’ouverture d’une « Ecole Normale ». Décision est prise de bâtir, de surélever. Toutefois, iI faut attendre des mois le permis de construire. La rentrée 1957 se fait dans les plâtras mais certains locaux nouveaux peuvent être utilisés. Une autre décision suit bientôt : conserver uniquement les classes de formation générale rue Geoffroy. Le cours commercial est transféré rue Jenner dans le 13ème arrondissement de Paris et ainsi renforcer les possibilités d’action de cette Ecole Technique.
La libération d’un local permet la réalisation d’un projet qu’aurait béni Sœur Rosalie : la création d’un foyer pour les vieillards du quartier. Ainsi, dans les après-midis d’hiver, ils passent quelques heures au chaud, avec des distractions qui leur font oublier leur solitude.
Les Sœurs partent de la rue Geoffroy Saint Hilaire le 28 août 1996.
Au XVIIe siècle au XIXème siècle, le berceau de la congrégation a vu naître quatre communautés au cœur d’un même arrondissement parisien, nées pour répondre aux besoins des plus démunis. Cette semence, humble mais porteuse d’espoir, s’est transformée en un grand arbre, symbole d’un engagement vivant et croissant. Puis, au XXe siècle, cet arbre s’est enfoui, traversant une période de silence et de retrait. Cependant, dans cette dormance, demeure l’espérance fervente d’un nouveau printemps, prêt à faire refleurir ces racines profondes et à redonner vie à cet héritage de solidarité et de service.
- La rue des Fossés Saint Jacques : devient le 43 rue du Cardinal Lemoine. Cette maison est démolie en 1958.
- Madame de Miramion : religieuse née en 1629 à Paris. Elle s’est consacrée aux œuvres de charité : pharmacie et soupe populaire, écoles pour les filles.
- Caisse dotale : fonds constitué au profit d’une fille pour son mariage
- Religieuse des Sacrés Cœurs de Mormaison : Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie fondée en 1818 en Vendée
- Sœurs grises : nom donné aux Sœurs du fait de la couleur de leur habit
- Sœur Rosalie Rendu : née en 1786 à Confort dans l’Ain. Elle est au centre du mouvement de charité dans le quartier Mouffetard de Paris, alors très pauvre. Décédée en 1856, est béatifiée en 2003.